Car
Denis Colin est un immense compositeur. Et pour quelqu'un qui s'intéresse au jazz depuis peu, ses compositions reflètent une ouverture musicale très intéressante. Partant d'une base trio dans les années 90, avec le violoncelliste
Didier Petit et le Zarbiste
Pablo Cueco, il n'a de cesse de repousser ses limites vers des terrains orientaux, vers des expérimentations free jazz. mais cela n'a qu'un temps pour un explorateur de la note comme lui. En 2007, il décide d'élargir son tissu de relations musicales, en s'intéressant de près à la scène parisienne. En 2008, il produit une série de 11 concerts qui aboutira à la création de
La Société Des Arpenteurs. Par société,
Denis Colin entend "
évoquer le nombre, un contour flou, indéfini et poreux. Les échanges ont lieu, on y entre, on en sort, on y revient, le mouvement y est constant". Une formation à géométrie variable, donc, fluctuant entre le trio et le nonet...

Et ce soir, c'est une formation septet qui monte sur scène. Et immédiatement,
Denis Colin s'empare du micro pour nous dire qu'il est très content de jouer à
La Passerelle et que, surtout, ce concert sera enregistré, en espérant une qualité suffisante pour un futur pressage. Ok. Le truc est lancé...
Et quel lancement. Aux premiers balbutiements des instruments, la qualité est évidente. Bon, il est vrai que l'acoustique de
La Passerelle est particulièrement bonne, mais ici on a carrément affaire à des réglages sonores
millimétrés. Je me régale ! Surtout avec un tel niveau de jeu en face.
Denis Colin a su réunir de bonnes pointures dans cette
Société Des Arpenteurs et ce qui saute aux oreilles immédiatement, une fougueuse homogénéité entre les musiciens, une énergie contrôlée. Et l'Afrique. Omniprésente. Musicale. Celle de la blaxploitation ou des rythmes afro-cubains. Celle des bars enfumés de la grosse pomme ou teinté de blues. Celle qui sent bon la vérité. Et dans sa démarche,
Denis Colin est vrai. Il a su s'entourer de musiciens qu'il affectionne, avec qui il aime jouer. Ça se voit, en plus de s'entendre. Le taulier cède
volontier la place et n'a de cesse de mettre en avant les membres, très actifs, de sa Société. Il s'écarte dans le noir, et écoute ce qu'il se joue, là-bas. Et d'impros au Fender Rhodes en nappes de guitare (
Julien Omé, excellent) sous acides, de battements syncopés de cette batterie caressante en émoi profond du contrebassiste,
Subject To Change, leur unique création, se déroule impeccablement. Même si 2 morceaux, particulièrement, m'ont expédié très haut. Un
Subject To Change refaçonné et un
Hopperation vraiment enlevé. Mais ce qui marque vraiment, c'est cette formidable cohésion des cuivres.
Philippe Selam (
sax),
Antoine Berjeaut (
trompette & bugle) et
Denis Colin prennent un plaisir évident aux complaintes de leurs instruments. Ça improvise, ça rebondi, ça dialogue, la grande classe. Le public est sous le charme...
Tout comme moi qui ai passé la moitié de cette représentation les yeux fermés.(soupir)La Société des arpenteurs a su nous transmettre cette jeune énergie qui la caractérise. Pendant presque 2 heures de concert, le public a pris un plaisir incroyable, applaudissant pour 2 rappels successifs, en souhaitant même un troisième qui n'aura pas lieu, hélas...
Vraiment, écoutez cet opus,
Subject To Change, et allez vous régaler du talent de cette formation si elle joue dans le coin, vous ne le regretterez certainement pas.